Paiter Surui

En 2015, au Brésil dans l’État du Rondonia avec l’association Aquaverde lors un séjour de trente cinq jours, ma visite chez les Paiter Surui fut enrichissante et très éprouvante. D’abord physiquement, car j’y étais pendant la saison des pluies et la chaleur humide du jour et de la nuit était dure à supporter et les centaines de piqûres de moustique qui recouvraient mon corps n’arrangeaient pas les choses. En outre, envoyé pour le compte d’Amazonian Memory dont je fais partie, collectif fondé en 2010 avec le cinéaste Daniel Schweizer et l’ethnologue René Fuerst, je devais comprendre les enjeux complexes et très préoccupants des Surui, pour enrichir une future participation à la réalisation d’un film sur l’orpaillage illégal. 

Sa tête mise à prix par les chercheurs d’or, Almir Narayamoga Surui du clan des Gameb, ne cesse de lutter contre leurs intrusions illégales sur le territoire Surui, par exemple en utilisant des drones pour repérer des mines sauvages : « aujourd’hui on a compris que la culture technologique est importante pour toutes les sociétés, pour la nôtre aussi. C’est donc important pour nous d’avoir conscience de prendre en compte deux cultures. L’une de notre peuple qui vient de la forêt et l’autre qui vient de la culture technologique. On essaie de tirer le meilleur de ces deux cultures pour construire un chemin du futur, pas seulement pour les Surui mais pour le monde.» (Interview Almir Narayamoga, mars 2015, Aurélien Fontanet). Il s’oppose aussi contre d’autres clans Surui qui vendent le bois de la réserve à des bûcherons. L’atmosphère était donc tendue de toute part, chaque déplacement était étudié pour ne pas risquer de tomber dans une embuscade. J’ai visité la pépinière du village du projet CARBONE SURUI dans le village Gameb, observé le quotidien de cette communauté, interviewé Almir sur ses préoccupations, son partenariat avec Google Earth pour le contrôle du territoire Surui par satellites. J’ai pu voir les méthodes mises en place pour maîtriser leur Terre dite « Sete Setembro », appellation faisant référence à la date du massacre d’un village Surui, le sept septembre 1963, par des travailleurs du caoutchouc. 

Cette aventure passionnante me montra l’auto-détermination du charismatique leader Gameb, les différentes actions qu’il mène pour sauver son peuple au gré de sa vie et l’utilisation des nouvelles technologies pour protéger leur territoire: « Le monde n’est qu’un, ce sont les êtres humains qui l’ont divisé. Le climat que nous respirons en Amazonie est le même qu’en Europe. Nous avons le même soleil. La culture est plus ou moins avancée selon les sociétés mais pas le monde : les différences sont simplement politiques, économiques et technologiques. Pourtant nous sommes tous égaux devant le droit et la lutte. Donc pour moi il n’y a pas de division au sujet de notre monde. Les cultures amérindiennes avancent avec des difficultés mais avec l’appui de la technologie, de partenariats et une compréhension générale, nous avancerons chaque fois mieux en étant responsable pour le bien commun.» (Interview Almir Narayamoga, mars 2015, Aurélien Fontanet).

Avec une poésie douloureuse Almir nous invite à ne jamais cesser de parler aux arbres pour ne pas risquer leur disparition. Cette invitation à considérer les arbres comme des interlocuteurs est un appel à en planter partout, aussi bien dans les forêts que chez nous dans les villes.

Associação Metareilá

Aquaverde

Amazonian Memory