Collectif Inhobikwa

WWW.INHOBIKWA.ORG

Le fleuve est bas avec sur les rives de la boue de métaux lourds. Les familles ne vont presque plus s’y baigner. Un groupe de Xikrin, le docteur Botelho et moi sommes très préoccupés par la situation alarmante qui empire d’année en année. Durant notre séjour des réflexions et des actions sont menées et les Xikrin élaborent des stratégies pour combattre le mal, notamment la contamination de l’eau par les usines de Vale. Paradoxalement, Parauapebas, une municipalité voisine dont la ville a été en grande partie construite par la compagnie minière, offre aujourd’hui des services aux citoyens Xikrin : routes bétonnées, voirie, écoles et argent. Pourtant les Xikrin continuent de se battre pour préserver leur environnement et leur culture, souvent en désaccord avec des choix venus de l’extérieur ressentis comme des intrusions dont ils sont perpétuellement les victimes. Je parle notamment de l’empoisonnement à grande échelle provoqué par l’industrie minière, soutenue actuellement par le gouvernement et qui déstabilise leur société. 

Des difficultés s’ajoutent et en particulier le fossé entre les générations : celle des anciens attentifs à l’avenir de leurs petits-enfants et celle des jeunes attirés par la vie urbaine, parfois perdus et insatisfaits de leur existence dans la forêt. Je ne veux pas en faire une généralité car j’ai remarqué que de plus en plus de jeunes s’investissent dans leur cause. Nous avons d’ailleurs souvent réalisé ensemble des vidéos sur la pollution des fleuves que nous avons partagées avec nos contacts et sur les réseaux sociaux. Ces actions eurent des échos positifs et ont entrainé la synergie du groupe. En 2018, l’année est particulièrement dense chez les Xikrin. Pendant les discussions sur des sujets de société, ils se sont rendu compte que leurs smartphones pouvaient être utilisés comme des outils de résistance. Avec du Wi-Fi, employé d’une bonne façon sur le terrain, ils offrent la possibilité de militer et de divulguer des messages à travers la planète Google. En référence à l’Histoire et en résonnant avec les termes de Clifford Geertz, le décrit devient soudainement le descripteur de sa vie

Pour ce faire, j’ai proposé de mettre en place une plateforme internet où il serait possible de partager immédiatement des contenus culturels de revendication produits par ceux qui le désirent. Ce projet est approuvé d’un commun accord et nous constituons le collectif INHOBIKWA, un terme particulièrement employé au sein de la communauté qui veut dire « ami ». Notre mode de communication est simple et efficace : WhatsApp. Cette application nous permet d’échanger facilement des messages, des vidéos et des photos. 

De retour en Suisse, en quelques jours avec mon ami webmaster Jérôme Bart,  nous avons mis en place le journal inhobikwa.org qui relaie depuis lors les actualités des Xikrin. Les correspondances que j’entretiens avec les membres du collectif, Kroiken, Bemare, Bepdjai et Bepkrokroti sont devenues régulières. Nous faisons égalemment partie du groupe WhatsApp de la communauté du Djudjê-kô où des informations importantes concernant le conflit entre Vale et eux sont échangées. Mais pas seulement, d’autres dossiers politiques et culturels sont aussi partagés. 

Étant devenu un acteur dans le réseau qui interagit au coeur du lien social de la société Xikrin, je suis en charge de choisir les nouvelles pertinentes et de les publier. Je sélectionne des médias visuellement forts illustrant la pérénnité de leurs rituels et de leurs actions.

J’essaie d’être au plus près de leurs témoignages et ainsi d’écrire le plus correctement possible une mémoire avec eux. Dénoncer et se soutenir sont des valeurs porteuses d’humanité, humanisantes, celles qui nous réunissent et nous poussent à développer ce système collaboratif.  

Légendes des images :

Mon ami Kroiken Xikrin m’envoie régulièrement des nouvelles de son village avec des photographies qu’il prend avec son smartphone et que je publie ensuite sur http://www.inhobikwa.org. Dans cet échange, il me transmet en image le rituelque les hommes font avant de partir à la chasse.
WhatsApp, 2020.

Les caciques, Tunire Xikrin et Bep Kororoti Xikrin, sont choqués par l’activité minière de l’usine Onça Puma qui pollue leur fleuve sacré et sont très préoccupés par l’avenir de leurs petits-enfants. État du Pará, Brésil, 2014. Extrait vidéo, Aurélien Fontanet.